Valérie, détonante comète

Quand je rentre dans la boutique de la bonne humeur, je me sens comme à la maison.
J’y ai même un petit mot sur la porte rien que pour moi quand j’ai rendez-vous avec Valérie, la grande prêtresse des lieux.
Si vous ne connaissez pas encore cet endroit (je ne vous jugerai –presque- pas), je vous invite à aller y faire un tour dès que vous en avez l’occasion. C’est simple : j’y trouve toujours quelque chose pour moi ou pour les gens que j’aime.
A l’image de Valérie, la boutique est un joyeux bordel coloré qui donne la patate, où se superposent divers objets aux 1000 inspirations.
Avant de vous laisser passer le pas de sa jolie devanture rose et bleu, je m’en vais vous conter la vie de Valérie, maman de la Comète Rose et qui figure parmi les chouettes rencontres que j’ai faites à Bordeaux.

Entamer une discussion avec Valérie demande une certaine souplesse. On sait comment ça commence, mais il est impossible de deviner jusqu’où ça va nous emmener et encore moins les différents chemins qu’on va emprunter pour parvenir à la chute. Néanmoins, tout instant de papotage avec elle est une jolie promesse de sourires, plaisanteries et bonne humeur.
Le visage rond, les cheveux blonds, les yeux verts et rieurs, cette volubile néo-bordelaise, ex vraie parisienne aux origines chtis a la simplicité de celles qui n’ont rien à prouver.
Toujours accueillante, Valérie affiche un franc et chaleureux sourire. De ceux qui provoquent une réponse similaire instantanée, et vous collent la banane.

Devanture_Comète

Ce qu’on lit sur le visage de Valérie, c’est la richesse de sa vie, faite de rencontres, de découvertes, d’émerveillement, d’opportunités. Enfant modèle puis jeune adulte en quête d’indépendance, trentenaire audacieuse, épouse, mère, entrepreneure…Valérie a accueilli chaque étape de sa vie avec un nouveau visage et toujours avec entrain.
« J’étais une élève modèle, plutôt bonne à l’école mais je n’aimais pas ce que j’y faisais. Les examens me terrifiaient, j’étais bouffée par le stress. Je pense que le modèle d’éducation à la française, basé sur l’évaluation permanente et la culpabilité ne conviennent pas aux personnalités comme la mienne ». Sa personnalité de femme créative, libre penseur et aux 1000 idées / seconde a gardé des traces de cette éducation des années 80. « Je me souviens de ma prof de dessin qui nous pinçait si on ne finissait pas correctement les tubes de peinture. Du coup, je suis une tarée du tube de dentifrice ! ».
Fille de Garde républicain, Valérie a passé les 25 premières années de sa vie au cœur de Paris. « Je vivais place de la République, j’ai passé mon enfance et mon adolescence à ma fenêtre, à regarder les concerts et animations depuis chez moi ». Toujours adepte d’anecdotes insolites, Valérie raconte ses souvenirs comme une histoire décousue, mais toujours drôle : « Un jour que j’assistais à une projection en plein air, je me suis faite draguer par un projectionniste. Il braquait le projecteur sur moi, puis sur la cabine téléphonique de la place, comme pour me faire des signaux de fumée ! ».

Valérie a toujours vécu avec un train d’avance, ou de retard, libre jusqu’au bout, même dans sa temporalité. «La crise d’ado m’est tombée dessus à 21 ans, quand j’ai travaillé à l’Evénement du Jeudi (*magazine hebdomadaire d’actualité générale fondé en 1984 par Jean-François Kahn). Je m’étais débarrassé de mes carcans familiaux, et j’ai sauté dans le grand bain très « gauche caviar » du monde des médias parisiens ».
Un grand bain qu’elle ne quittera que pour arriver à Bordeaux.
« J’ai eu une chance incroyable, j’ai côtoyé de grands journalistes qui ont 60 balais passés aujourd’hui. Sauf qu’à l’époque ils en avaient 30 ! ».
Autodidacte, bourreau de travail, ambitieuse, Valérie est magnétique. Pendant toutes ces années, elle va voguer de projets professionnels en expériences, au gré des rencontres qu’elle fait et des personnes qui décident de lui faire confiance. Sereine et intuitive, elle sera tantôt assistante d’édition, responsable de la promotion, assistante rédactrice en chef, assistante marketing…
Et toujours pour des titres de presse aux noms plus ou moins connus : Argent magazine, Lui, Chiens 2000 ou 30 millions d’amis. « J’ai tout fait là-bas, des opérations canicrottes dans les campings, des expositions de chiens pour vendre « Chiens 2000 » et j’ai caressé le Nième Mabrook* !» aime-t-elle raconter.

 

*(les moins de 20 ans vont avoir du mal à choper la réf de Mabrook, mais en bon utilisateurs de l’Internet, ils sauront la dénicher, je n’en doute pas !!)

 

« A chaque nouveau magazine, tu t’adaptes au milieu que tu dois défendre. J’ai travaillé pour Nous Deux, un titre très attachant. Pour moi c’est l’un des titres qui a le plus d’âme éditoriale. On a quand même eu Jean-Paul Gauthier en rédac’chef et Anna Gavalda y a écrit une nouvelle ! ».
Quand Valérie évoque son métier, elle embarque son auditoire avec elle. Quand elle parle, elle vit. Ses histoires ressurgissent du passé et reprennent possession d’elle quand elle les évoque.


Enjôleuse, sincère et fleur bleue, Valérie a 28 ans en 1998, quand elle rencontre Jérôme, qui deviendra son mari : «Sentimentalement, toutes ces années ont été assez désordonnées. Je n’avais rencontré que des mecs avec des histoires de coucheries. Ma mère et son côté fleur bleue avaient quand même une influence sur moi, et j’étais un peu frustrée ».
Jérôme et elle se rencontrent au trophée Lancôme, quand Valérie travaille pour Golf Magazine. Jérôme y est journaliste : ils se draguent sur la voiturette de golf. « Ma rencontre avec mon Géronimo a été le déclencheur de beaucoup de choses. Il devait se marier, il était fiancé et a tout quitté pour qu’on soit ensemble. C’est la seule fois que quelqu’un a fait quelque chose de couillu pour moi ».

S’en suivent des années d’euphorie et de construction à deux. « On était sur une dynamique de travail commune : mon ambition le boostait et lui me canalisait. On avançait ensemble ».
C’est à cette époque que l’histoire professionnelle de Valérie croise la presse féminine. « Professionnellement, j’attaquais les grosses locomotives (Top Santé / Modes et Travaux, Nous Deux). Les titres pour lesquels je bossais faisait tourner le groupe de presse ».

En 2001, Valérie devient maman et passe son permis. Deux choses à ne vraisemblablement pas cumuler, encore moins en région parisienne, à l’entendre s’en rappeler : « j’ai passé mon permis dans les embouteillages sur le periph’ entre 2 nounous. Et quelle galère : l’une était sans papiers, l’autre a mis le feu à la maison… Pendant ce temps-là le mec qui m’avait remplacée au boulot voulait garder ma place, et comme c’était la mode d’allaiter à l’époque, je l’ai fait mais je détestais ça ! L’horreur ».
Valérie n’a pas aimé être enceinte. Contraintes, pertes de contrôle de son corps, soumission au corps médical, elle n’a rien maîtrisé de sa première grossesse « je ne me suis pas écoutée, il y a plein de choses qu’on a laissé nous échapper et sur lesquelles, en  y réfléchissant, il aurait été bon de revenir. Du coup, on a attendu pas mal de temps pour le second. »
Valérie aura son deuxième garçon sept ans plus tard, et accouchera comme elle le souhaite « Sans péridurale ! Je me souviens encore de la grosse voie du médecin « AU LIEU DE CRIER, POUSSEZ !! », il hurlait plus fort que moi !» raconte-t-elle.

Alors directrice de clientèle à la pub de Nous Deux, Valérie poursuit quelques années puis s’ennuie. Ses patrons refusent de la laisser partir et la contraignent à l’abandon de poste « J’ai été obligée de quitter mon poste sans dire au revoir à personne. Le lendemain les gens essayaient de m’appeler pour savoir si j’étais malade ou s’il y avait un problème mais je ne pouvais pas leur répondre. J’en rêve encore aujourd’hui : je me vois coincée à mon bureau et les gens qui me demandent « Mais Valérie, t’es pas partie ? » Un cauchemar !»…

 

C’est en 2009, peu après cet épisode difficile, que l’envie de changement se fait sentir, chez Valérie et son Géronimo.
Bilan de compétences, nouvelle formation pour l’un et l’autre et l’évidence de Bordeaux, ville d’origine de Jérôme, comme symbole de nouveau départ « Du journalisme, Jérôme est passé au web, et moi je suis passée de la pub, à la boutique de la bonne humeur ! ».
Le concept de magasin de créateurs avait germé plus tôt dans la tête de Valérie « j’ai rêvé du nom de la boutique une nuit. Je l’ai noté sur un petit carnet, et le lendemain, il était là sur le papier : La Comète Rose ! ».

Installation, vie de famille, découverte d’une nouvelle ville, pression financière, lancement du projet…. Pendant un an, Valérie, Jérôme et leurs deux garçons ne déméritent pas « notre entourage nous a beaucoup encouragé, mais ça n’a pas été évident. On a vécu un an de stress total. Un changement de vie comme le notre entraîne toujours des effets néfastes ».
Dans cette aventure, tout était un pari : le changement de ville, de job, de situation, le choix du lieu aussi…
Persévérance, courage et détermination ont amené Valérie vers cette petit boutique à la devanture rose et bleue qui lui colle aujourd’hui à la peau.
« La Comète Rose, c’est mon 3ème bébé. Aujourd’hui, elle a 4 ans, elle sait faire pipi toute seule. La prochaine étape, c’est l’entrée au CP ! » lance-t-elle dans un éclat de rire.
Le CP peut-être, mais moi je la vois déjà passer le BAC cette petite boutique.
Pour l’avoir vu grandir et s’épanouir, je suis une fan de la première heure et j’entends bien le rester. Et ce coup de cœur vaut autant pour le concept, que pour son heureuse gérante.

 

A dans 15 ans, la Comète Rose (et à très vite, Valérie) !

Illustration : Marie VIARD.

J’ai rencontrée Valérie il y a 4 ans. A l’époque, j’étais rédactrice en chef du magazine Bibiche, que j’ai lancé avec une amie. Valérie, elle, venait d’ouvrir la Comète Rose et cherchait à diversifier les contacts. Elle nous a tout de suite proposé d’être un point de dépôt du magazine et a figuré parmi les premiers soutiens de notre projet.
C’est pour des marques d’amitié comme celle que nous a manifesté Valérie que j’aime être loyale et fidèle. Je suis un peu la « Mabrooka » de la Comète Rose !
Publicités

2 thoughts on “Valérie, détonante comète

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s